A Calais comme à Londres : "arrêtons les morts" scandent les manifestants

Par dizaines, des militants associatifs, des exilés et des Londoniens sont venus manifester devant le ministère britannique de l'Intérieur en scandant qu'il fallait ouvrir les frontières aux demandeurs d'asile, qu'ils ne voulaient plus de morts dans la Manche.

Par dizaines, des militants associatifs, des exilés et des Londoniens sont venus manifester devant le ministère britannique de l'Intérieur en scandant qu'il fallait ouvrir les frontières aux demandeurs d'asile, qu'ils ne voulaient plus de morts dans la Manche.

Ils ont appelé le gouvernement britannique à créer des voies sûres et légales pour les exilés qui souhaitent rejoindre le Royaume-Uni.

24 heures plus tôt, 17 hommes, sept femmes et trois jeunes, sont morts dans le naufrage de leur embarcation alors qu'ils tentaient de rejoindre l’Angleterre en traversant la Manche.

Mais passé le choc, le Premier ministre britannique ne voit qu'une option, la fermeté : pas question de créer un passage sûr et organisé. Dans une lettre adressée à Emmanuel Macron, il a demandé au président français de mettre sur pied un accord qui lui permette de renvoyer tous les migrants arrivés illégalement en Angleterre depuis la France, vers la France.

Boris Johnson se dit convaincu que "ces mesures décourageront toute nouvelle tentative d'entrée illégale sur le territoire et empêcheront que d'autres familles ne subissent cette perte dévastatrice".

Orselon le droit international, les personnes peuvent demander l'asile dans le pays où elles arrivent, quel qu'il soit. Le droit européen prévoit bien que les exilés puissent être renvoyés dans le premier pays où ils sont entrés, mais le Royaume-Uni n'est plus membre de l'Union européenne.

Et ce jeudi matin, le ministre français de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a annulé la venue de son homologue britannique Priti Patel à la réunion prévue ce dimanche sur le dossier des migrants, en réponse aux propos de Boris Johnson.

Dans un message à Mme Patel, M. Darmanin estime que si la lettre du Premier ministre britannique au président français Emmanuel Macron est une "déception", le fait d'avoir rendu public ce courrier est "pire" encore.

Le Royaume, un "rêve" pour de nombreux migrants

Pour de nombreux migrants qui ont déjà des liens familiaux de l'autre côté de la Manche ou qui peuvent parler anglais, le Royaume-Uni reste un rêve :

"C'est dur et blessant d'apprendre que ton ami ou ton collègue est mort en mer, c'est juste blessant. Mais nous ne pouvons pas nous arrêter d'essayer d'atteindre notre objectif" explique, sous couvert d'anonymat, Emmanuel, migrant libérien, arrivé à Calais il y a une semaine.

Dans la ville côtière française de Calais, 200 personnes, en majorité des militants associatifs et quelques exilés, ont participé à une veillée du souvenir mercredi soir en hommage aux 27 migrants qui se sont noyés mercredi et et à tous les autres : 335 morts depuis 1999.

Une habitante de Calais nous confie : "J'ai beaucoup de tristesse mais je suis aussi très en colère parce qu'il est clair que ces décès auraient pu être évités, comme tous les autres décès au fil des ans. Cela fait 30 ans qu'on vit ça à Calais, ce n'est pas la première fois et ce ne sera pas la dernière... tant que la politique migratoire ne changera pas."

Les circonstances du drame ne sont pas encore éclaircies, mais Mohamed, un Syrien de 22 ans, a affirmé auprès de l'AFP les avoir côtoyés : "Ils étaient avec moi, ici, à Calais, il y a trois jours encore".

"Ils étaient Kurdes irakiens, Iraniens et Afghans. On a vécu dans les campements, dans la rue, on a même dormi dans la gare de Calais. Il y a trois jours, le groupe nous a dit 'On part en Angleterre', et ils sont partis", assure-t-il, entouré de plusieurs compatriotes qui opinent du chef.

L'épave sera examinée pour éclaircir les causes du naufrage et cinq personnes, soupçonnées d'être des passeurs, ont été arrêtées.

Une enquête a été ouverte en France pour "aide à l'entrée et au séjour irréguliers en bande organisée", "homicide et blessures involontaires" et "association de malfaiteurs".

"Depuis le 1er janvier, nous avons arrêté 1 500 passeurs" selon le ministre français de l'Intérieur Gérald Darmanin. Des passeurs qui fonctionnent comme des "organisations mafieuses" qui "relèvent du grand banditisme" avec l'utilisation notamment de "téléphones cryptés".

Au 20 novembre, 31 500 migrants avaient quitté les côtes françaises depuis le début de l'année et 7 800 avaient été sauvés. Avant le naufrage de mercredi, le bilan humain depuis janvier s'élevait à trois morts et quatre disparus.

Deux exilés, un Irakien et un Somalien, ont survécu au naufrage. Ils étaient en "grave hypothermie" mais vont mieux.